Un poète dans la marge

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Avec la disparition de Jean-Claude IZZO, c’est beaucoup plus qu’un auteur de polar qui nous a quitté. Ecrivain lucide, il savait le cynisme et la violence de notre temps, il voyait les injustices etles lâchetés de notre société, il sentait la désespérance de ce monde.Et pourtant rien ne pouvait l’empêcher d’écrire ces révoltes nécessaires, ces résistances quotidienneset surtout ces petits moments de bonheur, qui nous permettent de croire à la beauté de la vie et aumérite qu’elle a d’être vécue.Humains, profondément humains, tragiquement humains, ses personnages étaient proches de seslecteurs, si proches qu’ils disaient souvent les mots que chacun aurait aimé formuler.Si le salon du polar a voulu créer cette exposition à partir des textes de Jean-Claude IZZO, c’estd’abord pour faire que son humanisme, son écriture, ses mots soient partagés par de nouveauxlecteurs qui ne manqueront pas de s’approprier son univers comme chacun de nous l’a déjà fait.

Jean-Michel PIEUCHON
Organisateur du salon du polar

 

 

Comment faisait-il Jean-Claude IZZO pour écrire des romans noirs si lumineux ? Pour vous fairepasser, d’une phrase à l’autre, par toutes les couleurs de l’émotion ? Avec cet art de vous fairetoucher des yeux l’infinie variété des bleus de la mer et du ciel pour oublier le crépuscule qui monteet la mort qui menace. Sans doute était-elle là, la raison de l’extraordinaire succès de son flic au nomde poète italien, Fabio Montale, qui lui ressemblait comme un frère. Dans ce mariage du noir et dubleu, du polar et de la poésie , de la lucidité et de l’utopie, dans ce glissement sensible, l’intérieurdu même paragraphe, de la saloperie ” du monde à la beauté de la vie. Dans cette façon de restertoujours, les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, à hauteur d’homme. Voilà pourquoi l’émotionque suscitait Jean-Claude IZZO était universelle.

Michel ABESCAT
Extrait du texte de l’exposition

 

 

IZZO disait l’impossibilité de détacher les événements du lieu dans lequel ils se passaient, c’est-àdireMarseille, dont il décrivait les épuisantes permanences. C’était sa conscience du tragique : cetéternel décalage entre l’immuabilité du sens du lieu et l’accomplissement d’un destin humain enperpétuel mouvement exil et nomadisme au cœur agité de l’oeuvre : ces itinéraires de naufragés quise heurtent à l’omniscience d’une ville faite d’insurmontables, d’inaltérables histoires d’exils. EtFabio Montale, prisonnier des lieux qu’il aime tant… Parlant de Marseille, IZZO disait : “ Cette villenous fonde; elle est notre morale du monde ”. C’est vers cette poésie urbaine humaniste queva notre respect et notre attention, lui qui savait invoquer les lieux et les hommes. Il écrivait, dansLoin de tous les rivages : “ Langage souverain. Il s’imprime dans le jour et aucun livre ne peut lecontenir. Alors s’inscrire dans la lumière et être parole qui creuse l’espace-encorchure universel.La vérité n’est que la pratique des heures sous la terre en jachère. Et sous ma peau, battant, le sang,sans justification ”. Qui prétendrait que ce ne sont que des mots.

Cédric FABRE
Extrait du texte de l’exposition