Jean-Claude IZZO par Jean-Marc Matalon

« Total Khéops, Chourmo, Soléa… Trois enquêtes à tiroir dans lesquelles les mêmes personnages surgissent et s’effacent dans l’ombre de Fabio Montale pour composer la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo. Soixante ans après celle de Pagnol, le journaliste devenu romancier ne parle en réalité que de sa ville à travers ces trois histoires gorgées d’amour et de mort.

Dans les années 1980-1990, Izzo sent Marseille face au vide, prête à s’abandonner aux forces obscures qui la convoitent. Les mafias, l’intégrisme, la fièvre immobilière ou encore l’extrême-droite gagnent chaque jour un peu plus de terrain. À travers ses reportages, puis plus tard, dans ses bouquins, Izzo raconte le feu qui couve. Et il enrage de voir que les Marseillais préfèrent la galéjade à l’esprit de résistance. C’est du moins ce que je crois. C’est également ce que constateront les amis d’Izzo quand ce dernier « monte » à Paris. Plusieurs d’entre eux insistent sur le profond dépit qu’il manifeste alors vis à vis de Marseille. Dépit amoureux sans doute, mais le rejet durera presque dix ans. Une décennie pendant laquelle le père de Montale aura, en privé, des mots très durs sur cette ville adorée, ses élus et ses habitants.

Aujourd’hui, il suffit de lire les journaux pour se rendre compte qu’Izzo voyait sacrément clair. »

Extrait :

« Parce que j’ai fait le même métier.

Parce c’était dans la même ville.

Parce que c’était le même journal.

Parce que, comme les miens, ses ancêtres venaient d’ailleurs.

Parce que j’ai rêvé, moi aussi, d’un autre monde.

Parce que cet autre monde n’est jamais venu.

Parce que, comme lui, je pense que la ville est toujours le personnage principal d’un polar.

Parce que cette ville là – Marseille – je l’aime et la déteste à la fois.

Parce que le noir l’habille si bien.

Parce que Jean-Claude Izzo existait avant Fabio Montale.

Parce qu’il lui a fallu écrire huit recueils de poèmes, des centaines de grands et petits reportages, des chansons, des scénarii de film, quelques pièces de théâtre, des récits historiques, avant de connaître un succès phénoménal à 50 ans.

Parce que « Total Khéops » détient le record des ventes de la Série Noire.

Parce que cinq ans après l’apparition de Montale dans les ruelles du Panier, Izzo signait « le Soleil des mourants » et revenait mourir sous le soleil de sa ville.

Parce que de furieuses métastases m’ont empêché de lui dire de vive voix que je le tiens pour

l’une des figures les plus marquantes du polar français. »

Jean-Marc Matalon

L’auteur :

Jean-Marc Matalon est né à Marseille. Journaliste, il mène actuellement un travail de recherche sur les faits divers et les drames sociaux qui ont marqué la mémoire collective des Marseillais à travers les siècles.

ISBN : 9782374240480